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Tous à l'agreg !

12 Mai 2009 , Rédigé par Anne Lavigne Publié dans #Concours d'agrégation

Je relaie un manifeste dont j'ai été saisie. Si je n'en partage pas tous les termes, il me semble digne d'intérêt.

Manifeste « Tous à l’Agrégation ! »

Comment transformer une parodie d’examen en l’examen d’une parodie ?


Le constat

En sciences économiques (section 05) comme en droit, en sciences politiques ou en gestion, une des voies de passage de maître de conférences à professeur est le concours national d’agrégation qui a lieu tous les deux ans. Cette voie promotionnelle majeure est épisodiquement complétée par d’autres : l’agrégation dite « interne », ouverte aux maîtres de conférences déjà en poste, et l’ouverture de postes en 46.3 (dite « voie longue »).

Le concours d’agrégation interne n’a pas été ouvert cette année. Le dernier concours interne a été organisé en 2005-2006 et l'avant dernier en 2000) … le passage par cette voie au statut de professeur est donc largement fermé.

Pour les recalés à l’agrégation externe, la seule perspective promotionnelle reste donc le passage par la voie longue. Justement cette année, les universités ont fait 19 demandes au titre du 46.3 pour la seule section 05, mais 2 seulement ont été accordées par le ministère ! Autant considérer que cette voie longue est de facto quasiment fermée aux maîtres de conférences en sciences économiques.
Seule véritable voie d’accès au statut de professeur donc, le concours d’agrégation externe pose de nombreux problèmes.
1er problème : l’âge moyen des lauréats est bas, aux alentours de 34 ans (Linnemer et Perrot, 2004). Cela signifie qu’en sciences économiques, le concours d’agrégation n’est pas une promotion dans la carrière des maîtres de conférences. Il produit plutôt deux types de carrières parallèles : d’un côté de jeunes chercheurs qui passent rapidement professeurs par le concours, et de l’autre, des maitres de conférences qui n’ont pour seule perspective que… de rester maitre de conférences.

2ème problème : les critères sur lesquels se détermine le jury sont des critères (étroits) exclusivement liés à une certaine forme de recherche. Aucune attention n’est portée aux charges administratives et pédagogiques des candidats.

3ème problème : les jurys sont partiaux car les liens institutionnels tissés par les candidats avec un des membres du jury sont un élément déterminant dans la réussite au concours, doublant quasiment les chances de réussite (Linnemer et Perrot, 2004).

4ème problème : les jurys sont aussi partiaux parce qu’ils ne respectent aucunement la pluralité des courants de recherche en sciences économiques. Les recherches en dehors du mainstream sont quasi rédhibitoires à l’obtention du concours.

5ème problème: le concours d'agrégation est une spécificité de quelques sections CNU peu nombreuses (sections 1 à 6) qui crée de fait des inégalités au sein de la profession.

C’est la raison pour laquelle nous vous invitons à signer le manifeste suivant et à vous inscrire au concours cette année.

 


Le Manifeste

Le concours de l’agrégation en sciences économiques de l’enseignement supérieur remplit une triple fonction (politique, sociale et managériale) qu’il est temps de renverser.
Du point de vue politique, ce concours n’a jamais servi à distinguer une élite d’économistes éclairés dont les compétences remarquables se seraient situées au-delà du lot commun des maîtres de Conférences. On s’en serait rendu compte. La conséquence la plus patente de ce système est plutôt la constitution d’une caste d’élus dont le principe de solidarité est finalement la gratification en réseau. Où sont (qui sont) les Professeurs agrégés d’économie qui ont dénoncé à temps les crédits subprimes et leur titrisation, le rôle trouble des agences de notation et des autorités de marché, la montée en puissance des fonds spéculatifs, l’envolée des prix des matières premières et les émeutes de la faim, la dictature de la finance sur l’industrie et les services, le mal-être généralisé au travail, la recherche aveugle du profit qui a généré les cancers de l’amiante, l’agriculture intensive qui a provoqué la disparition de la mer d’Aral et empoisonne toutes nos ressources en eau, les stratégies des groupes pétroliers qui ont transformé notre planète en chaudron et les États pétroliers en cliques profiteuses, la mise en concurrence de tous les travailleurs des pays développés avec les armées de réserve des pays asiatiques (sans règles sociales ni environnementales) en aggravant ici le chômage et la misère, et là bas la misère… et le chômage ? Où sont-ils ? Qui sont-ils ? Il en existe certes quelques-uns, et parfois ils sont rayonnants et heureusement mais leur nombre ne fait que signaler l’imperfection de tout système de sélection.

Du point de vue social, le concours de l’agrégation a surtout servi d’exutoire à l’absence de toute perspective de rémunération décente offerte à la quasi-totalité des enseignants chercheurs (en économie comme ailleurs). Les Professeurs qui assument leurs responsabilités administrative tout en faisant vivre le collectif universitaire existent mais sont beaucoup trop rares. En favorisant une aristocratie universitaire dont la seule distinction sensible est finalement l’indice qui sert à calculer leur fiche de paie, il garantit ce savant équilibre (psychologique plus qu’économique) qui impose aux uns de cultiver bravement leur sens inné de l’humilité, et aux autres le sens acquis de leur élection. D’autres formes d’équilibre sont possibles (à l’autre pôle on peut imaginer un corps unique d’enseignants chercheurs présentant des formules d’avancement plus ou moins rapides).

Du point de vue managérial, ce concours n’accorde aucune importance à l’investissement des enseignants-chercheurs dans les fonctions collectives : direction de filières d’enseignement, ingénierie de formation, promotion des établissements, encadrement des étudiants, prises de responsabilités institutionnelles (comités de sélection, Conseils d’UFR, Conseils d’administration, CEVU, Conseil scientifique, direction de Labo, animation et direction des formations et des écoles doctorales, participation aux équipes dirigeantes de l’Université…). Le concours d’agrégation du supérieur aurait dû faire les frais de la loi LRU. Mais il a été réintroduit in extremis au mois de juillet 2007 lors de l’écriture de la seconde mouture de cette loi dite « LRU » : où l’on voit que quelques coups de téléphone passés par quelques uns valent infiniment plus que des mois de mouvement unitaire pour tenter de sauver l’Université. Ceux-là ont obtenu en une semaine ce que personne d’autre qu’eux ne réclamait. On rejoint in fine le point de vue politique…

Nous avons souligné l’imperfection de ce système de sélection. Notre dernier espoir est de parier sur l’erreur. Alors parions massivement. Présentons nous en nombre à l’Agrégation ! Pas un seul Maître de Conférences sur le carreau. Arrêtons l’auto-censure. Quel que soit notre âge, quel que soit notre genre, quel que soit notre domaine de recherche, quelle que soit notre province, défendons nos recherches.

En nous présentant en nombre à l’Agrégation, nous encombrerons le concours, dénoncerons l’absence d’opportunité de carrière, et alerterons sur le malaise des maitres de conférences. Et revendiquons ce faisant:

- une égalité de traitement par rapport aux collègues de toutes les autres disciplines

- ou au pire un rééquilibrage des voies promotionnelles entre voie longue et agrégation associé au pluralisme des jurys d'agrégation


Formules de signature :

1. Je signe le manifeste et m'engage à me présenter à l'épreuve d'admissibilité de l'agrégation dès lors que l’assurance me sera donnée que plus de 100 collègues auront signé ce manifeste.

2. Je signe le manifeste mais sans me présenter à l'agrégation. Ceci est une signature de soutien.


Référence :

Linnemer, Perrot (2004), « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le concours d'agrégation

de sciences économique s », Revue Economique 2004/2.


Pour signer le manifeste selon une de ces options, merci d'envoyer un e-mail à agregationeco@gmail.com en précisant si oui ou non vous signez le manifeste et si oui ou non vous vous engagez à vous présenter à l'agrégation. Dès que les réponses positives atteignent 100, nous vous enverrons un message vous donnant le feu vert pour remplir votre dossier.

 

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Antoine Belgodere 13/05/2009 00:38

Je me permets de donner ce lien vers une autre pétition anti-agrégation, rédigé par Emmanuelle Auriol et Frank Portier. J'observe que si leur conclusion est la même (il faut supprimer l'agrégation), les motivations sont bien différentes.http://appel.agregation.se.free.fr/texte.htmlJe ne signerai pas le texte de "tous à l'agreg", en particulier en raison du paragraphe qui commence par "du point de vue politique" qui est redhibitoire en ce qui me concerne.